Sauxillanges et cluny

SITE CLUNISIEN

L’histoire de Sauxillanges est liée à la puissante abbaye de Cluny.

En 909, Guillaume Ier dit le Pieux, duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne qui possédait de nombreux comtés, décide de fonder dans celui de Mâcon une abbaye pour y accueillir des moines bénédictins : l’abbaye de Cluny. En Auvergne, plus exactement dans la partie haute de sa villa de Celsinius, il fait bâtir une chapelle dédiée à la Sainte Trinité, à la Vierge Marie et à saint Jean l’Évangéliste.

Ce n’est qu’après sa mort que le projet de monastère verra le jour, grâce à la donation d’un de ses neveux, Acfred duc d’Aquitaine. La charte N°13 datée de 927 est considérée comme l’acte de fondation d’un établissement à Sauxillanges. 

Au Xème siècle, le monastère est mis sous la tutelle de Cluny et devient prieuré, ce qui ne l’empêche pas de continuer à prospérer. Disposant de moyens financiers importants, les moines font construire une église aux abords directs du prieuré pour les habitants du bourg, l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, église qui sera agrandie au XVe siècle. Et, pour le monastère, une vaste église dédiée à St Pierre et St Paul, patrons de leur ordre.

Toute la période entre le XIe siècle et le XVe siècle, les bâtiments sont rénovés, de nouveaux construits : cloître, salle capitulaire, dortoirs, réfectoire, chapelle du prieur, mais aussi écuries, cuvages, greniers et autres dépendances indispensables à la vie d’une communauté importante : une soixantaine de moines aux temps fastes et un nombre non moins négligeable de serviteurs. Le prieuré se verra aussi doté d’une hôtellerie pour accueillir les malades, les personnes de passage et les pèlerins en partance pour Saint-Jacques-de-Compostelle.

Grâce aux donations de l’aristocratie locale : 41 églises, mais aussi champs, vignes et terres forment un important réseau de dépendances religieuses et de revenus agricoles.

Dans le même temps, un bourg se développe au côté du monastère. Aux XIe et XIIe siècle, des fortifications sont édifiées pour protéger les biens monastiques et le bourg aux maisons serrées autour de ses deux églises dédiées respectivement à la Vierge et à St Martin. La ville de Sauxillanges échappera, de ce fait, aux destructions de la guerre de Cent Ans (1337-1453). Plus tard, deux nouvelles fortifications, dont la dernière édifiée au XVe siècle, avec fossés, tours et portes d’accès, viendront protéger le bourg et ses habitants. 

Après une période très faste, l’éclat du prieuré décline peu à peu. À la veille de la révolution, il ne reste qu’une dizaine de moines et un patrimoine fortement délabré. En 1792, les biens monastiques sont vendus et auront des vocations diverses au cours du temps, comme la chapelle Notre-Dame du Bois, transformée en estaminet, puis en fabrique de toile métallique et enfin en maison d’habitation. Elle conserve du XVe siècle des clefs de voûtes remarquables aux armes de France, de Cluny et de prieurs de Sauxillanges. Le conseil municipal de l’époque tente l’acquisition de la grande Église mais elle est finalement vendue à plusieurs propriétaires, utilisée comme carrière puis détruite, ainsi que les porteries.

Aujourd’hui, à Sauxillanges mais également ailleurs, l’héritage du réseau européen légué par les moines de Cluny depuis le Moyen Âge est dense, complexe et pourtant, peu connu : la Fédération Européenne des Sites Clunisiens (FESC) a pour objet de redonner un sens culturel à ce bien commun. Grâce à elle, ce sont près de 200 sites qui, dans 8 pays d’Europe, œuvrent en commun pour des projets locaux, régionaux et internationaux. Le plus ambitieux à ce jour étant la candidature d’inscription au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

A ce jour plus de cent sites en France et dans huit pays d’Europe ; collectivités publiques ou sites privés ont proposé leur inscription sur cette liste qui a pour nom : « Cluny et les sites clunisiens européens », affirmant ainsi leur attachement à leur patrimoine et leur fierté d’être partie prenante d’une grand projet européen. Le site de Sauxillanges participe à cette candidature. Tout d’abord en temps que prieuré qui a fait partie des cinq plus grands et plus puissants de l’ordre. Ses nombreuses dépendances assuraient la maitrise d’un territoire au profit de la communauté-mère.

La naissance en 1092 (1094) de l’un des derniers grands abbés de l’abbaye mère de Cluny sur le territoire est aussi un facteur important. Pierre le Vénérable rappelons le, faisait partie de la famille des Montboissier. Confié, dès l’âge de 5 ans aux moines du monastère de Sauxillanges comme oblat, il deviendra quelques décennies plus tard une personnalité majeur de la vie politique européenne entre 1122 et 1156. Ainsi, il va rencontrer plusieurs papes, des rois, des cardinaux et même un empereur, assistera à de nombreux conciles et règlera plusieurs conflits. Malgré cela, Pierre le Vénérable reste attaché à sa famille et à Sauxillanges ou il revient pour se reposer.

Enfin, le cartulaire de Sauxillanges est une source écrite d’une extrême importance pour l’histoire de l’Auvergne et de Cluny. Recueil de 979 actes, il ne comporte pas de datations postérieures au XIIe siècle, la majorité des actes se situant entre le Xe et le XIIe siècle. Ce document, dont l’original a disparu, n’est connu que par des copies des XVIIe et IXXe siècles.

Le cartulaire est un efficace instrument de gouvernance produit par les moines. Il leur permettait de gérer leurs biens et de faire face aux conflits multiples et variés suscités par les lignages aristocratiques locaux. Actuellement, il permet d’analyser les différents cercles de la solidarité clunisienne en fonction des formules de donation utilisées.

Notre équipe associative poursuit les travaux de valorisation de l’ancienne Chapelle du site, en lien avec la DRAC. Afin que nos efforts soient récompensés, nous comptons sur la mobilisation de tous pour que le cœur de Cluny batte plus que jamais dans notre bourg. L’animation de notre site est également très importante pour la candidature, mais c’est avant tout l’occasion de tous nous retrouver autour de notre patrimoine commun. L’essentiel pour nous ? C’est qu’à travers la candidature, Sauxillanges, la fille de Cluny, poursuive avec ses amis européens, une aventure débutée il y a plus d’un millénaire.

Photo Julie Baudin
photo Julie Baudin
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SAUXILLANGES : Maison du Patrimoine